Press release Julien M at shanaynay, dec 2015

It’s nice to imagine a day neatly divided in three: eight hours’ labour, eight hours’ recreation, eight hours’ rest, with each segment possessing its own set of items and accessories specifically tailored. That’s some role-playing that we could do, taking turns. I can work while you play and then we can both rest. I could go play where you work, I could be your customer and you could provide me with a service or some goods. Brancusi had hung a black curtain to separate his atelier from his living quarters. At the end of the day, we disrobe. The necktie, the cufflinks, the collar pins, they’re put in the drawer and we put on pajamas. The next day we switch it up and then cook something nice in the evening. Money is no concern because no one uses the gold standard anymore so everything is fair but nothing is. What doesn’t neatly fit in work-play-sleep is what we are left with.



Note d’intention pour Julien M à Shanaynay, dec 2015

Il est bon d'imaginer une journée soigneusement divisée en trois: huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de repos; chacun des segments accompagné de sa panoplie d'objets et d'accessoires sur-mesure. En voilà un jeu de rôle qui nous conviendrait, à tour de rôle; je peux travailler pendant que tu joues puis on peut se reposer tous deux. Je pourrais aller jouer là où tu travailles, je pourrais être ton client et tu pourrais m'offrir un service ou des biens. En tendant un rideau noir Brancusi avait séparé son atelier de son logement. À la fin de la journée on se dévêt. Cravate, boutons de manchette, épingle à collet: au tiroir; place au pyjama. Le lendemain on échange puis on prépare un bon repas le soir. L'argent n'est pas un souci puisque désormais personne n'utilise l'étalon-or donc tout est juste mais rien ne l'est. Ce qui ne se range pas bien dans le travail-loisir-repos est ce qui nous reste.



Remarks and short poem on Julien Monnerie’s

La vitesse à laquelle la signature est dessinée reflète la vitesse à laquelle la transaction est complétée. Signer une peinture la termine, lui ajoutant les signes d’approbation de sa complétion et de sa paternité ; signer un document de transaction le fait effectivement entrer en vigueur, indique le propriétaire. S’il n’est pas immédiat, ce moment est néanmoins très rapide, mais arrive à une brusque halte lorsque la signature est démasquée comme fausse ; cette découverte de la fausse nature de la signature déclenche une marche arrière jusqu’à ce que la transaction soit annulée. Mais tout comme des contrefaçons d’objets de luxe fabriquées dans les mêmes usines qui produisent leurs originaux, la nature d’une signature ainsi que sa valeur ne sont, au bout du compte, déterminées que par l’auteur de ce que la signature comme signe prétend indiquer, peu importe sa véracité. (Et si la véracité de ce signe ne renvoyait à rien d’autre qu’à lui-même, une sorte d’ouroboros vide ?)

De la même manière, revendiquer le statut de collectionneur, en annonçant “je collectionne ceci”, signe par l’affirmative les choix de l’auteur qui constituent un ensemble d’objets comme collection. Être son spectateur revient à attester la paternité du collectionneur, et, dans un état proche d’une séance médiumnique, à regarder à travers les yeux du collectionneur. Mais s’en tenir à un rôle de doublure n’est sans doute pas suffisant pour réussir à formuler un langage à travers les signes ; dans quelle mesure les signes peuvent-ils être plus que récursifs ? Le processus qui amène à habiter le regard du collectionneur est non pas transparent, mais plutôt diaphane, comme le paravent qui sépare lieu de travail et lieu de vie à l’entrée de l’appartement de Julien Monnerie, passage du Désir dans le 10ème arrondissement de Paris.

Il est difficile de définir l’art. Il est difficile de localiser où est l’art.

Il est difficile de définir l’art de vivre. Il est difficile de localiser quelle partie de vivre est, devient, art.

Le fait est que les boutons de manchette que Julien choisit pour ses compositions sont moins des signes extérieurs de richesse provenant d’une époque révolue d’une autorité élégante (ce qu’ils sont bien sûr dans une mesure élémentaire, accompagnés d’une nostalgie d’une figure moderniste de père qui est capable de déclarer, et par là décider, de ce qui a ou non de la valeur), mais bien plus des choses très agréables, des objets travaillés d’une grande beauté. Chez lui, Julien peut vous montrer chaque bouton de manchette un par un et vous parler de ce qui l’attire plus vers un bouton en particulier plutôt qu’un autre. Mais en sortant de la boîte à bijoux et en entrant dans le cadre des monochromes à symbolique institutionnelle (le passage de l’échelle malléable de la paume de la main à celle de la stabilité murale, presque sacrée car prière de ne pas toucher), les boutons constituent un ensemble qui opère un “Umfunktionierung” brechtien et dandy, ou “inverse de fonction”, de ce que j’aimerais qualifier ici comme la “vérisimilitude du statut administratif” inhérente aux boutons de manchette ; la choséité des boutons de manchette apparaît inévitablement et le geste artistique gracieux et volatile : si la poésie de Baudelaire n’est qu’une broche ornant son manteau, fabriquer de l’art est agir en tant qu’artiste ; la fabrique de l’art est porter la panoplie de celui qui fait le goût, celui qui doit sans arrêt définir les signes qui font matière face à l’instabilité de ce que peut être le goût, comment la matière peut se transformer dans la même forme, à l’image d’un vin de collection. Le spectateur est momentanément accueilli dans l’enceinte confidentielle du Gentlemen’s club : on touche avec les yeux, vous n’êtes pas de cette fraternité.

Je ne me souviens plus si l’acte de collectionner les boutons de manchette précédait l’envie d’en faire de l’art, mais ça n’a pas vraiment d’importance : les différentes incarnations de Manchette existent entre une suggestion de narrations potentielles et privées (la possibilité de substituts ou signes, de quoi ?), et une configuration, publiquement assumée, d’accessoires fonctionnels (donc une configuration jamais entièrement ornementale) sur une toile (la toile, cette base maladroite pour l’art, qui ne cesse de signifier à quel point l’art est artifice), sans jamais prendre parti, peu importe l’impulsion initiale. Définir (nommer des choses ; répéter le nom de la chose pour confirmer le statut qu’il détient ; attribuer image ou matière pour perpétuer le nom) devient partie intégrante de collectionner : peu importe leur genèse, ce qui constitue la qualité-en-tant-que bouton de manchette des boutons de manchette de Julien dirige inéluctablement ce qu’il recherche dans les boutons de manchette et instaure une nouvelle norme de ce qui donne au bouton de manchette sa qualité-en-tant-que bouton de manchette dans une rétroaction où le goût de celui qui fait le goût est aussi gouverné par sa main. Manchette ; je voudrais voir Julien M
tous les dimanches après-midi pour l’apéritif
pour qu’on puisse parler de pourquoi
il aime les choses chosantes.

(extrait traduit de l’anglais par l’auteur)
Naoki Sutter-Shudo, 2015


The corridor-like “house” (for lack of a better word: “apartment” probably not, “garage” maybe, and “studio” possibly) in the Parisian Passage du Désir where Julien currently resides (and, also, works) is narrow. As there are no rooms but one long space, entering the house is akin to entering a passage, one that is already within a passage, where, instead of shop windows, all sorts of tchotchkes flank the walls. You are first greeted by a study for a potential new Manschett, with its neatly aligned row of cufflinks echoing and annoucing the other bric-a-brac to follow. Some sculptures in progress, or rather, objects, as it is hard to tell if these things are actually art or furniture, are on the other side, near the entrance. A white folding screen stops you: its purpose is to separate work space with living space; but it is short enough to be overlooked, and its sheerness allows light to go through. There are shelves of books and knickknacks, framed prints and paintings, and various things on both your sides as you advance. A sofa and chairs; then the kitchen fringing the stone walls with a dining table paralleling it; then a storage space hidden by thin white curtains; then the closet and mirrors lining an empty and well-lit space; and finally, stairs that lead to Julien’s mezzanine bedroom, the private buried at the deep end, which overlooks the whole interior.

Often Julien will show you things that the conversation will remind him of. He goes back and forth in the house, bringing out objects or clothes. Seated in the deep sofa, you are entertained by stories of an ashtray’s origin or the particular pattern of the Tati gingham used by Céline in its A/W 2013-14 collection and recently made available in a variety of products such as slip-on sneakers and shirts by Tati itself. Julien owns a tote bag of that pattern, which he bought at Tati, at walking distance from his house, the next day it was launched. You don’t even have to get up from your seat, Julien will bring you things and talk about them. This salon is better than a store. It is a sort of défilé of the ontologies which constitute Julien’s collection.

Versace finale’d its S/S 2014 show in Milan with the Drake-featuring remix of Migos’ Versace song as models pranced up then down the runway, culminating with Donatella coming out of a blown-up Medusa head, as the ‘Versace’ chants from the song chorus became uncountable and numbing. The serpent eating its tail: the dissemination and the following reception of the Versace aesthetics and logo as a status symbol was finally internally acknowledged and externally shown on the runway. The models were indeed ‘Versace Versace Versace Versace Versace Versace’ and so was Donatella, who, at this point, has already become an image herself, of herself, fully part of the consciously manicured Versace myth (as apparent in the portrayal of Lady Gaga in the Spring 2014 campaign as Donatella’s latest body double). When (Donatella) Versace shows Versace (the brand) while playing Versace (the song), who is actually claiming ownership of Versace (the symbol)? (When Tom Ford recreates the Black Boy Place “Tom Ford” T-shirt worn by Jay-Z during his Magna Carta World Tour –itself sampling lyrics from Jay-Z’s eponymous song– for its A/W 2013-14 runway, who is the joke on? Who understands that sentence? What does the accumulation of all these names tally? How conscious is the criticality of omitting ‘Martin’ in Future’s Maison Margiela, a song in which the brand name is dropped only for its priciness, devoid of any sartorialism, a song perhaps acutely sensible to the trajectory the brand has followed after the departure of Martin?) The fashion show shows the latest collection, but how does one acquire ownership of one’s collection, or even show what one collects, especially when the collection might really be something else in disguise?

The speed at which a signature is drawn mirrors the speed at which the transaction is completed. Signing a painting finishes it off, adding the approved mark of both completion and authorship; signing a transaction document makes new ownership take full effect. If not immediate, that speed is very fast, but it comes to a halt when the signature is discovered to be a fake; this discovery of the fake nature of a signature starts to reverse the transaction process until it is cancelled. But just as high-end fake luxury goods are manufactured in the same factories producing the real things, the nature of a signature and the value of a sign are ultimately determined by the author of what the sign pretends to point to, no matter its truth. (And what if the truth of the sign pointed to nothing other than itself, an empty ouroboric sign?)

In the same way, claiming the status of a collector, saying “I collected this”, signs off the authorial choices that brings the collection together as a gathering of things. To be its spectator is to attest the authorship of the collector, and, in a séance-like state, to look through the collector’s eyes. But being a body double might not be enough to formulate a language through the signs: in what extent can the signs be more than recursive? If not transparent, the whole process of the act of inhabiting the collector’s gaze is diaphanous, like the screen separating work and living space.

It is hard to define art. It is hard to pinpoint where the art is.

It is hard to define art de vivre. It is hard to pinpoint what part of vivre is, becomes, art.

The reality is that, more than being status symbols from a bygone era of an elegant authority (which they surely are on a basic level, complete with a yearning for an omnipotent modernist father who can declare what is valuable and what isn’t), the cufflinks Julien picks out for his compositions are each very pleasant things as crafted objects. At Julien’s house, he can show you individual cufflinks and talk about why he likes a particular one more. But exiting the jewelry box and entering the institutional monochromes, they form a whole operating a dandyish Brechtian re-functioning of what I want to refer to as cufflinks’ inherent ‘executive realness’; the thingness of the cufflinks appears as inevitable, the artistic gesture as gracious and volatile: if Baudelaire’s poetry is a mere brooch adorning his overcoat, to make art is to act as an artist; art-making is putting on the disguise of the tastemaker continually having to define signs through material in face of the unstableness of what taste can be, or how it can change over age like wine. The spectator is momentarily allowed for a tour of the exclusive gentleman’s club: you can look but don’t touch, you are not part of the secret society. Medusa head on me like I’m ‘luminati...

I cannot remember if the act of collecting cufflinks preceded the act of making artwork out of them, but it does not really matter: the various incarnations of Manschett exist inbetween potential private narratives, or possibly coded stand-ins, and publicly assumed display as functional accessories (thus never purely ornamental) on canvas (this awkward ground for art, never not signifying how artificial ‘art’ is), never entirely picking a side, whatever the initial impulse might be. Defining (naming things; repeating its name so as to confirm what status it holds; assigning image or material to reinforce or perpetuate the name) becomes part of collecting: no matter its origins, what constitutes the cufflink-ness of Julien’s cufflinks inevitably directs what he looks for in cufflinks and sets new standards for what makes a cufflink have its cufflinky quality in a feedback loop where the tastemaker’s taste is steered also by his hand. Cufflink cufflink;

I want to meet Julien M

Every Sunday afternoon for apéritif

So we can talk about why

He likes thingy things.


Naoki Sutter-Shudo, 2014